“Depuis la tranchée sociale de la Villa Amalias”

[Même si ce texte date du mois dernier, il nous est apparu qu’il était important de le traduire car il permet de comprendre le climat qui a régné en Grèce les jours précédant et suivant la grève générale du 15 mai 2011, et les évènements de l’actualité qu’ont exploité les fascistes pour attaquer pelle mêle immigrants, révolutionnaires, anarchistes, passants, squats, centres sociaux, foyers, ainsi que les progroms et la multiplication de sorties fascistes ces dernières semaines dans les rues de d’Athènes et d’autres villes où certains squats se sont retrouvés quasiment vides ou abandonnés.]

-un communiqué du squat de la Villa Amalias à Athènes concernant les événements de ces derniers jours-

Vendredi 13 mai 2011

Ces trois derniers jours, dans une large zone comprenant tout le quartier autour de la Villa Amalias, ont vu se produire des événements qu’aucune forme de vie intelligente dans l’année 2011 n’aurait pu anticiper à partir du meilleur scénario de science-fiction. Mais ce n’est pas de celà qu’il s’agit. Il s’agit d’une réalité qui concerne plus généralement approximativement les trois dernières années : certains n’en n’ont pas fait l’expérience, certains ne voulaient pas voir, certains sont stupéfaits et refusent encore de voir, d’autres deviennent complaisants – et semblent pourtant le chercher.

Sous le prétexte d’un acte -condamnable par nous tous- de l’assassinat d’un homme de 44 ans, Kantaris Manolis, à la jonction de la rue de Tritis Septemvriou et de la rue Ipirou, certaines personnes ont décidé que le moment était venu pour eux de “nettoyer la rue” de ces créatures étranges et sinistres que sont (selon eux) les immigré-e-s, en lançant aveuglement un pogrom.

Les chaînes de télévision, dès les touts premiers instants, initièrent une danse macabre autour du cadavre, montant en épingle les méfaits de cette affaire, et nos notoires «voisins» en ont donc profiter une fois de plus pour faire une apparition avec pour vocation d’aider les habitants du quartier désormais effrayés à l’idée de passer le seuil de leur porte. Se pourrait il que “L’Aube Dorée” [nom du groupe fasciste à l’origine du pogrom] soit le nouveau nom de toute un quartier d’Athènes, pas encore mis en cause dans certains problèmes bureaucratiques [les expulsions] du fait de sa nouvelle dénomination? Tout d’un coup, la mort d’un homme par des personnes inconnues pour une hidtoire de vol à la tire se transforme en assassinat de toute une «nation» par «immigré-e-s clandestins qui agissent de manière incontrôlable”. L’histoire idéale pour tout écrivain fasciste de scénario TV de reconquête d’une pureté grecque perdue il y a environ un demi-millénaire (si elle a jamais existé) afin d’organiser des fêtes macabres, avec pour trophée tout immigré-e qui aurait le malheur de croiser leur chemin.

En un clin d’oeil, les règles du jeu sont renversées : d’une situation où tous les grecs enragé-e-s et révoltés seraient condamnés comme criminels et accusés de violence incontrôlable dans leurs quartiers, nous avons maintenant atteint un point où tout acte est permis du moment qu’il est commis par des Grecs. Le lynchage public devient toléré, avec coups de masse, de poignards, dans toute une série de tentatives de meurtre – dont une au moins ayant abouti, pour un jeune homme de 21 ans immigré bangladais [dans le quartier de Kato Patisia]. Une situation où tout devient permis au nom de la peur, de la survie, de la “protection” et de la vengeance.
Même le cannibalisme devient légalisé.

Le cannibalisme social. C’est le résultat d’une société qui se dissout et qui refuse, volontairement ou non, de reconnaître la source de tout cela : qui refusent de comprendre que, dans ce monde, la pauvreté et la misère n’a jamais eu pour origine, et ne sera jamais de la responsabilité, de ceux et celles d’en bas. Ceux et celles qui vivent en dessous de tout sont les bénéficiaires d’une situation qui est éternellement nourrie par les élites, qui détiennent le capital et le pouvoir, parce que c’est de cette façon qu’ils se maintiennent là où ils sont. La manipulation et l’asservissement du monde, à partir de critères sociaux, économiques et de classe, permet pour eux l’équilibre de la base de la pyramide capitaliste.

Vous pouvez battre, poignarder ou en imposer tout ce que vous voulez à qui que ce soit que vous considérez comme étant inférieur-e à vous, sans aucune logique spécifique, en prenant pour base la couleur de la peau ou le pays d’origine, aucun de vos problèmes d’argent ne sera pour autant résolu. Ceci, à moins que nous rêvions tous de travailler jours et nuits aux feux de circulation, dans des bordels, comme marchands ambulants, comme ouvrier-e-s du bâtiment, ou salarié-e-s du nettoyages pour gagner des miettes. Ni vos problèmes sociaux ne seront résolus, car vous aurez toujours un complexe d’infériorité, puisque vous vous sentez désormais trop inférieurs et que vous méprisez trop votre vie par rapport à celles de gens que vous considérez comme étant vos supérieurs.

La solution viendra toujours de la conscience sociale et collective des noyaux de résistance contre ceux qui nous ont véritablement volé nos vies. Ceux qui condamnent par contumace ceux d’en bas en termes de classe, nous condamnent à l’extermination réciproque sous le voile de l’ordre, la sécurité, la croissance et la prospérité. Le même ordre et la même sécurité qui ont envoyé le jeune manifestant Yannis K. à l’unité de soins intensifs dans un état grave (et 70 autres manifestants à l’hôpital), après les coups meurtriers consécutifs qu’il a reçu par ces porcs en uniforme, force d’exécution de la “Junte démocratique”.

Pour la petite histoire:

“Depuis la tranchée sociale de la Villa Amalias” -une déclaration par le squat de la Villa Amalias à Athènes concernant les événements de ces derniers jours-

Pour les 3 derniers jours et dans la continuité de la tourmente qui a suivi l’assassiner de M.K, les squats de la région Plateia Victorias vu s’abattre sur eux plusieurs attaques organisées par les membres de l’Aube Dorée, soi-disant «résidents indignés» [le terme souvent utilisé dans les médias de masse comme un euphémisme pour les fascistes, les racistes, etc. Ndt] parce qu’ils n’osent jamais des racistes et des flics. Chronologiquement, la première tentative d’attaque s’est produite le 10 mai au squats de Patision et Skaramanga, où les fascistes ont essayé d’attaquer le squat aidés par les flics qui ont jeté des gaz lacrymogènes contre les squatters pour les forcer à se replier à l’intérieur du bâtiment.

Immédiatement après, c’était au tour de la Villa Amalias. Durant ces trois jours, toutes les tentatives susmentionnés (par les fascistes et les flics) d’attaques contre notre squat ont échouées, car la force collective et la solidarité de ceux et celles qui voient une partie d’eux-mêmes dans la Villa ont permit d’empêcher que celà arrive. Dans leur tentative, ils ont trouvé un grand secours, comme dans toutes leurs actions jusqu’à ce jour, auprès de la police. Parfois, ce fut main dans la main et alignés ensemble, parfois avec les flics à l’avant et leurs caniches fascistes suivants derrière, parfois dans l’autre sens. Dans tout les cas, cette relation incestueuse d’affection et de passion entre la police grecque et les fascistes est devenue légalisée il y a longtemps, et a été couverte de façon flagrante non seulement par l’Etat (qui est d’une manière différente l’employeur des deux), mais aussi par les médias (un entrepreneur fidèle et associé de l’Etat dans le traitement des tâches de stupeur sociale et de distorsion de la réalité des événements). Ou encore, par la narration de l’histoire simplement réduite de moitié, ou déformée.

La vérité résumée en trois lignes : c’est qu’ils sont venus, qu’ils ont obtenu leur réponse, et pas seulement cela, ils ont fanfaronné, uniquement parce que leurs proxénètes nous ont jeté des gaz lacrymogènes. Fin de l’histoire.

Tous ces «messieurs» devraient se figurer clairement dans leur esprit que pour nous, les gens et les idées ne sont pas des produits jetables, interchangeables ou une inclinaison et des tendances que nous changerions ou lâcherions à la première secousse. Nos réponses, de quelque postes qu’elles soient données, seront toujours collectives, dynamiques et intégrales – elles ne seront pas soutenues ou manipulées par ceux qui veulent gagner du terrain, métaphoriquement ou littéralement. Pour nous, la vie n’a pas de «prix» et ne se négocie pas dans le marché des nationalités et de des fiertés nationales falsifiées.

Nous l’avons déjà écrit par le passé, mais nous ne nous lasserons pas de le répéter : c’est consciemment que nous nous retrouvons contre et face à tout marchand, vendeur d’héroïne, exploiteur, ou proxénète, indépendamment de leur nationalité. Pourtant, nous savons aussi que ce qui manque ce n’est pas “plus de police” (parce qu’il y en aura toujours trop), la demande d’ordre et la sécurité, ni bien sûr de propagande raciste et de violence fasciste. Ce qui manque c’est le courage du contact humain et de l’association avec ce qui est différent, le respect mutuel et la dignité de soi, les tentatives de contre-culture, de coexistence (substantielle, et pas para-étatique), d’auto-organisation, qui peuvent guérir de nombreuses blessures dans nos quartiers multiculturels de prolétaires.

Le SANG d’un être humain ne doit pas devenir une mer où viennent pêcher les FASCISTES !

Les résidents du Squat de la Villa Amalias

Source : Le Cri Du Dodo

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