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Une histoire des Cellules Révolutionnaires (RZ), groupe armé en Allemagne de l’ouest

Cet entretien avec deux anciens membres de la Fraction Armée Rouge (RAF) et du Mouvement du 2 Juin retrace l’histoire moins connue d’un autre ’groupe’ de lutte armée en Allemagne de l’Ouest : les Revolutionäre Zellen, ’Cellules Révolutionnaires’. La rencontre s’est tenue au SO36 à Berlin.

Traduit de l’italien (en collaboration avec Marseille Infos Autonomes) du blog de Salvatore Ricciardi Contromaelström.

Chaque coeur est une cellule révolutionnaire

ENNO SCHWALL : En 1972 s’était créée une situation de retournement. C’est-à-dire que la première vague d’arrestations avait eu lieu, et quelques personnes de la Fraction Armée Rouge (RAF) avait été arrêtées. Mais malgré cela, on ne pouvait pas encore dire que la dynamique avait échoué. Il n’était politiquement pas encore du tout établi si l’idée était mauvaise ou non. D’un côté, il y avait les réflexions sur ce qu’il était possible de faire dans cette période de stagnation temporaire ou de césure, et de l’autre, il était temps de regarder en arrière, c’est-à-dire de voir ce que nous pouvions apprendre des expériences qui avaient existé jusqu’alors.

Différentes réflexions furent faites, desquelles naquirent les Cellules Révolutionnaires (RZ). Il y avait d’une part l’internationalisme, pour lequel la RAF a donné un exemple historique. C’est le mérite historique de la RAF que de l’avoir mis à l’ordre du jour. La deuxième chose, c’était la tentative de se référer à la réalité sociale et au tiers-monde, qui était une motivation très forte dans la groupe, dans la tradition de la RAF mais indépendante de celle-ci. Mais aussi que de nombreux prisonniers sortent, qu’ils soient pris en charge et que l’on ne puisse pas permettre que l’État décide de malmener les gens.

L’idée des RZ était, en opposition à celle de la RAF, qu’il fallait faire des actions qui puissent être imitées, qui puissent devenir des pratiques massives et qui, pour ainsi dire, soient acceptables. Ce que les RZ et les groupes faisaient devait être des choses que tous pouvaient faire. Voilà pourquoi on trouvait, dans le concept initial, l’invitation à « créer deux, trois, de nombreuses cellules révolutionnaires ».

C’était une stratégie importante, que de ne pas avoir de carte de militant de la lutte armée et de ne pas créer de hiérarchie des formes d’action dans la pratique, dans laquelle on ne présenterait pas comme un sommet la méthode d’intervention, mais plutôt le fait d’être le plus possible dans le social. En diffusant ce potentiel là où il y a un mouvement de masse qui grandisse partout socialement, là où il y a une attente qu’il se déroule un processus de libération, des zones libérées partout, des zones incontrôlées, libres de l’État, depuis lesquelles il soit possible de regarder dans quelle direction grandir. Et le fait d’avoir cette stratégie était en outre un signe distinctif important.

KLAUS VIEHMANN : Pour commencer, nous ne voulons pas faire de manifestation nostalgique. Nous pensons au contraire que la politique et l’histoire des RZ soulèvent aujourd’hui encore des questions qui sont en un certain sens intemporelles, et qui en 1978 déjà étaient formulées en tant que questions adressées à la gauche. Nous y reviendrons plus tard. Je voudrais clarifier que c’est ça qui nous intéresse, il ne s’agit pas d’une soirée d’anecdotes ni d’une exposition des temps passés.

Nous vous devons aussi quelques explications sur le pourquoi nous deux, Stefan qui était dans la RAF et moi dans le Mouvement du 2 Juin, faisons une conférence sur les RZ.

Il me faut pour cela faire un saut en arrière : en 1973, coup d’État au Chili. Ce fut un événement-clé pour les jeunes de l’époque. Pour moi, cela démontrait comment, dans une voie pacifique vers le socialisme (le front populaire était arrivé légalement au pouvoir en 1972, dans le gouvernement pour être précis), la bourgeoisie ou le pouvoir des complexes industriels comme ITT n’eurent aucun scrupule à étouffer par les armes une telle expérimentation socialiste. Pour moi et pour d’autres, ce fut un point important de se dire que si nous poursuivions un objectif socialiste, nous devrions nous préoccuper dès le début de l’armement et de la légitime défense contre de telles forces contrerévolutionnaires.

La question de la lutte armée, c’est-à-dire de son organisation, arriva alors au premier plan. « Chili, la lutte continue » était alors un slogan assez répandu, et les RZ ont justement fait leurs premières actions à Nuremberg et à Berlin sur ce sujet [Voir note 1].

J’ai été en contact avec le 2 Juin au milieu des années ’70. C’est moi qui ai cherché le contact. En 1976, je suis passé à la clandestinité, et ils m’ont arrêté en 1978. J’ai été en prison jusqu’en 1993. En 1978, quand j’ai fini dedans, j’avais déjà un procès en cours pour les actions des Cellules Révolutionnaires. Ce procès a ensuite été archivé, parce que 15 ans m’attendaient déjà pour les actions du 2 Juin, et qu’ils ne voulaient pas faire (ou me faire) un procès inutile. J’ai connu en personne Gerd Albartus et Enno Schwall, qui m’ont rendu visite en prison.

Quand plus tard, en 1983, moi et Stefan avons fait des actions dans deux prisons différentes contre les travaux forcés, les RZ ont fait dehors quelques attentats à la dynamite en soutien et l’ont même écrit dans la revendication :

Nous voulons qu’il soit clair que l’attentat contre le bâtiment du Ministère de la Justice veut dénoncer les auteurs des petites et grandes tortures. Cela vaut en particulier pour notre camarade Klaus Viehmann.” [2]

J’ai alors été très reconnaissant envers les RZ pour cet attentat. Il m’a remarquablement allégé les dix années de prison suivantes, parce qu’il était clair que je n’étais pas seul.

STEFAN WISNIEWSKI : Pour nous, il était un peu plus facile à l’époque de savoir comment se comporter, parce qu’au moment des actions des RZ, nous étions pour une grande partie en prison, et nous avions donc un bon alibi (rires dans le fond), et de ce point de vue c’était aussi une chose compréhensible.

Ce que je veux rajouter sur mon histoire, c’est qu’au début des années ’70, je faisais partie du mouvement squat, si on peut l’appeler mouvement. A l’époque, nous avions occupé l’Eckhoffstrasse à Hambourg, et nous avions rapidement été délogés par les commandos d’action. Mais nous avons alors fait un gros travail avec les jeunes qui sortaient des centres de rééducation, dont j’ai moi aussi fait l’expérience, ou encore avec les sans-abri. C’est comme ça que j’ai commencé, et j’ai rapidement été éreinté par la répression, qui était alors très forte.

En 1974, je vivais et je travaillais à Berlin, et après la mort de Holger Meins [3], je me suis décidé à franchir le pas et à participer à la Guérilla, parce que j’ai alors vu comment tout ce que nous avions fait pour soutenir les prisonniers était en partie vide de sens face à la façon dont la magistrature avait conduit Holger à la mort sans aucun scrupule.

Klaus : Les RZ ont été créées au début des années ’70. Il y a aussi des gens de la RAF qui ont soutenu le projet. Eux avaient été anéantis par les arrestations de 1972. Nous avons analysé la chose et en avons assumé les conséquences au niveau de l’organisation : ne pas mettre sur pied une grosse logistique illégale dans le futur. Beaucoup de véhicules, beaucoup de papiers, beaucoup d’appartements, c’est ce qui avait été fatal à la RAF. Et il devait être évité dans la formation des RZ que les militants de l’organisation agissent hors de la légalité et de la gauche légale. Ce n’est que dans un second plan que l’on devait se réunir illégalement en tant que RZ et réaliser les actions qui pouvaient difficilement se faire dans la légalité.

Une chose très importante des RZ est qu’en vingt ans, des dizaines de personnes ont été actives en leur sein. Il y a eu de nombreuses Cellules Révolutionnaires différentes entre elles, il y a eu plusieurs courants et il est erroné, notamment pour leur période finale, de les voir en tant que groupe homogène. C’est aussi la raison qui les a poussées vers leur fin.

Une différence très importante au sein des RZ était la différence entre hommes et femmes et, comme Enno l’a souligné plus tôt, les femmes ont dès le début eu une relative autonomie politique au sein des RZ, puis elles se sont divisées sous le nom de Rote Zora (« Zora la Rousse/Rouge », du nom d’un compte). Nous avons donc la preuve que la division de genre a joué un rôle important dès le début, et cela doit toujours être pris en considération. Je veux citer une brochure des Rote Zora de 1993 :

Comme groupe de femmes indépendantes au sein des RZ, nous nous sommes arrangées avec les hommes, bien qu’en tant qu’organisation séparée mais avec les liens propres à une organisation commune. Ce n’est que dans la phase de séparation que nous avons compris que non seulement nos hommes, qui pensent et agissent de façon patriarcale, dans leur obtusité et incapacité, empêchent une collaboration profitable, mais surtout que les groupes de femmes autonomes et de lesbiennes sont ici et maintenant pour nous une nécessité politique dans la lutte militante.” [4]

Les Cellules Révolutionnaires, dans leur phase initiale, avaient une idée clairement révolutionnaire, comme cela a été résumé en 1978 avec la mise par écrit de leurs objectifs :
1.      Apprendre les méthodes de l’illégalité. Créer des formes d’organisation illégales, préparer la gauche à l’illégalité
2.      Intervenir pratiquement et politiquement dans le mouvement. Saisir les contradictions entre prétentions politiques et pratique défensive
3.      S’opposer à la résignation et à l’impuissance vis-à-vis de l’apparente omnipotence de la RFA
4.      Éliminer le légalisme au sein du peuple Allemand et au sein de la gauche. Les Allemands sont un peuple fermement fidèle aux lois…
5.      En frapper un pour en désorienter de nombreux. Attaquer les anonymes bureaucrates et tortionnaires du peuple
6.      Créer une contre opinion publique à travers la propagande illégale. Tracts, journaux, radios pirates
7.      Contre l’internationale du Capital, une praxis anti-impérialiste. Développer en pratique l’internationalisme dans la métropole
8.      Libérer les combattant-e-s prisonnier-e-s : plus de 120 personnes des groupes de la gauche armée

Sur le premier point : Dans les années ’70, c’était un point très important. Avec l’expérience du Chili, de l’histoire de Holger et surtout avec l’automne allemand [5], nous partions du principe que toute la gauche serait bientôt illégalisée et qu’il fallait prendre des dispositions, dont les formes d’organisation nécessaires.

La deuxième prétention des RZ dérive du fait que le mouvement vivait un reflux dans les années ’70, et que la force de la contrepartie et de la répression était beaucoup plus clairement tangible.

Sur le troisième point, je pense qu’il n’y a rien à ajouter. C’était comme ça dans les années 1970, et c’est encore plus fort aujourd’hui.
Le quatrième sonne un peu bizarre, mais il a un passif sur lequel il se base. C’est par exemple pour cette raison qu’ont été falsifiés les billets de transport, les billets collectifs de la BVG (compagnie de transport berlinoise). Des milliers d’exemplaires ont été falsifiés et distribués [6], en espérant que les gens fassent ne serait-ce que de petites entorses à la loi. Impossible de savoir si cela a été un succès, mais ça a au moins été une tentative.

Derrière, il y a l’espoir que soient frappés les auteurs des petites saloperies habituelles. On abîme des trucs, on brûle leur voiture ou alors, comme plus tard lors de la campagne sur les réfugiés, on leur tire dans les jambes [7]. On obtient que les bureaucrates se font plus prudents et qu’il y ait plus d’espaces à l’intérieur desquels la gauche puisse mieux se déplacer.

Sur le sixième point : dans les années ’70, il n’y avait pas encore les radios libres. Les RZ en ont organisé une : « Unfries West Berlin » (Berlin Ouest pas libre). Et, après l’annonce, elles ont fait des émissions de temps en temps. Elles ont aussi fait des journaux, principalement le leur (« Revolutionärer Zorn », Rage Révolutionnaire) [8], mais pas seulement.


Sur le septième, il est important de dire que la pratique s’est poursuivie dans les années ’80 de façon très différente de ce qu’elle a été dans les années ’70. Cela allait, en gros, de l’action OPEP jusqu’à celle de l’Adler [9]. Sur le point 8, comme Enno l’a déjà dit, il signifie libérer la guérilla urbaine qui est en prison, ce qui représente environ 120 prisonniers à la fin des années 1970.

Les RZ ont développé différentes actions selon les stratégies que nous avons passées en revue. Les premières ont été faites contre l’ITT, co-responsable du coup d’État au Chili. Puis il y a eu les actions antisionistes desquelles nous devons reparler, d’Entebbe par exemple. Il y a également au des attaques ici à Berlin contre le conseil de quartier responsable de l’expulsion d’un centre de jeunes, le Putte. Il y avait alors une très importante opposition. L’administrateur de Krone, Werke, responsable à l’époque de licenciements massifs, a vu sa voiture partir en flammes [10]. Les femmes des RZ ont attaqué le dôme de Bamberg pour attirer l’attention sur le rôle de l’église dans l’oppression des femmes [11].

Nous en arrivons donc à un point qui est à raison souligné de rouge : la participation de membres des RZ à l’action OPEP.

Stefan : Pour expliquer la collaboration d’Allemands qui se veulent révolutionnaires avec les Palestiniens, il faut expliquer la situation de l’après-1972. A ce moment-là, le commando de Palestiniens Septembre Noir avait pris les athlètes Israéliens en otage. Chose qui s’est par la suite transformée en massacre grâce à l’intervention de la police allemande : tous les athlètes moururent, seuls 4 Palestiniens survécurent et un policier Allemand perdit lui aussi la vie.

Il y avait alors dans les médias un ton dénigrant envers les Palestiniens et les Arabes en général. Il y eut des expulsions en masse contre l’organisation étudiante UPS. Dans ce climat, la gauche a exprimé son soutien à cette organisation étudiante et à sa politique. Mais cela n’est qu’un aspect des choses. Nous reviendrons sur la question d’Entebbe et sur la façon dont la position vis-à-vis d’Israël a changé.

Dans tous les cas, il y avait alors une compréhension de l’internationalisme et il fallait collaborer avec les mouvements de libération. Il y avait alors des contacts en Espagne, en Grèce, au Portugal ou au Chili. Mais en pratique, c’était les Palestiniens qui menaient les actions armées anti-impérialistes avec des groupes d’autres pays. Voilà pourquoi des Allemands, et pas seulement, ont collaboré avec les Palestiniens.

La seule exception est peut-être le Black Panther Party aux USA, qui pratiquait à l’époque une autodéfense armée et qui a fait des campagnes ici aussi en Allemagne. Il s’agissait surtout, en relation avec la guerre du Vietnam, de faire sortir les soldats noirs de l’armée et de les soutenir en tant que déserteurs.

Klaus : Sur cette photo (…) on voit les symboles des RZ, du Weather Underground (USA), de l’ETA, de l’IRA, la coordination des groupes latinoaméricains, le Polisario, le Mouvement du 2 Juin, le Front pour la Libération de la Palestine (FPLP), la RAF, les Brigades Rouges, les Feddayin du peuple en Iran, qui avaient pour ennemi principal le Pentagone et, comme il s’agit d’une affiche allemande, quelqu’un a rajouté le BKA (police fédérale allemande), qui fête justement aujourd’hui, malheureusement, ses 50 ans.

Ce dessin représente l’expectative que les groupes de guérilla de tous les coins du monde agissent contre l’ennemi principal, l’impérialisme nord-américain et la répression interne, dans notre cas le BKA.

Pour revenir à l’action OPEP, la solidarité avec les Palestiniens a aussi eu d’autres éléments qui ne sont généralement pas pris en compte, mais qui sont tout aussi importants pour comprendre pourquoi des camarades Allemands ont participé à l’action contre l’OPEP.

En effet, en 1975, le Mouvement du 2 Juin enlève le politicien de la CDU Lorenz, et 5 prisonniers politiques et 2 manifestants sont libérés. Les 5 purent s’envoler vers la République populaire du Yemen du Sud, qui n’existe plus aujourd’hui et a été intégrée au Yemen du Nord. Il est nécessaire de dire que sans la solidarité des Palestiniens, les cinq n’auraient reçu aucun accueil là-bas.

Cet aspect de l’enlèvement Lorenz est passé au second plan, mais c’est justement à cause de lui que je trouve compréhensible que l’on veuille rendre la solidarité de cet accueil de prisonniers dans ce pays et ses structures par des groupes palestiniens qui les ont accueillis là-bas et ont travaillé avec eux.

L’attaque de l’OPEP a été organisée par le FPLP Opérations Externes. Le groupe O.E. était pour ainsi dire un bras du FPLP. Il n’y appartenait pas officiellement, mais nous pouvons laisser la question ouverte dans l’informel. Ce groupe était commandé par Wadi Haddad, responsable de nombreuses actions en plus de celle de l’OPEP.

Le déroulement, tel qu’il a été exposé au procès, a été que le commando a assailli le bâtiment en faisant 3 morts et en prenant en otage 11 seigneurs du pétrole de différents États. Il a ensuite volé en Algérie, où ont été libérés 4 ministres, et le commando a pu poursuivre. Voilà, dans les grandes lignes, le déroulement de l’action telle qu’elle a aussi été présentée par les médias.

Dans le fond de la décision des Allemands de participer à l’action, il y avait la guerre civile qui faisait rage depuis au moins six mois au Liban, où les Palestiniens étaient attaqués par les phalanges et se trouvaient dans une situation de pression extrême. L’action était pour ainsi dire une façon de contraster ces évènements.

Le but de l’action, et cela est rare pour les actions des Palestiniens, n’était pas Israël, mais les pouvoirs forts Arabes : l’oligarchie pétrolière.

Dans le communiqué du commando, il est entre autres choses déclaré :
1) mettre un terme aux terribles massacres au Liban dont je viens de parler,
2) redistribution dans la population des profits du pétrole pour un développement de la société.
Voilà qui est la preuve qu’il devait s’agir d’une révolution arabe, et non d’un mouvement national de libération.

De l’autre côté, il s’agissait seulement du soutien à un mouvement de libération nationale de gauche, il n’y avait pas de demandes de libération social-révolutionnaires faisant référence à des forces déterminées dans ces pays, il n’y avait pas de références internationales, c’est-à-dire à quelque lutte dans la métropole. Je pourrais la décrire comme une action militaire diplomatique, qui a adressé ses demandes aux États et aux gouvernements. Il ne s’est pas agi du bras armé d’un mouvement social-révolutionnaire ou d’un sujet social.

Encore une chose qui n’a pas été divulguée : avant l’action, il a été discuté des objectifs qui devaient être atteints. Il y fut dit que les ministres du pétrole, en prenant l’exemple de celui de l’Arabie Saoudite, auraient du être conduits dans leur pays d’origine pour y être échangés avec les prisonniers politiques. C’est dans cette perspective que divers camarades rejoignirent l’action.

Du fait du climat et des différentes phases à l’intérieur des RZ, il y eut 12 ans plus tard une action complètement différente. Les Rote Zora avaient fait une action internationale et attaqué l’industrie du textile Adler (« Actions contre Adler. Les usines ne brûlent pas toutes seules, elles ont besoin de ton aide ». Adler se plie à la violence).

Le dessous de l’action avait été une grève dans une usine de Corée du Sud, où les femmes Coréennes faisaient grève contre l’exploitation au travail, qui venait du fait que l’on devait pouvoir proposer des vêtements à prix réduits. De nombreuses filiales d’Adler furent ensuite touchées par de petits incendies qui déclenchèrent les dispositifs anti-incendie, provoquant des dégâts énormes [12].

Adler s’est donc plié aux requêtes, acceptant les revendications des travailleuses sud-coréennes. Cette action a été relativement couronnée de succès. Cela a été possible dans le contexte qui avait muri dans les années ’80.

Je cite Revolutionärer Zorn de janvier 1981 :

Nous avons dû constater que les analyses de l’impérialisme se limitent la plupart du temps à une étude des structures de pouvoir politiques, économiques et militaires, et négligent les stratégies de l’impérialisme à l’encontre des femmes ici et dans le tiers-monde.” [13]

Soit dit en passant, c’était également le cas de l’action OPEP, qui omettait non pas les femmes, mais les structures de pouvoir :

Cette lutte de libération consiste selon elle-même dans les structures économiques centrales du réalisme impérialiste. Les conditions quotidiennes et vécues de violence destructive et d’exploitation ne sont pas prises en considération. Nous pensons que les possibilités d’un mouvement révolutionnaire réside dans le fait d’agir sur les conditions quotidiennes imposées par l’État, et l’attaque des structures centrales du pouvoir de l’État ne peut en représenter qu’une partie. Nous espérons une union de la militance de masse et de formes d’action subversive.

Nous avons ici deux conceptions différentes d’impérialisme et/ou anti-impérialisme.

En 1975, pour l’action OPEP, il y avait un commando avec un leader, Carlos, dont nous reparlerons encore, et dans l’autre un collectif d’acteurs et d’actrices qui n’a pas eu droit aux honneurs de la chronique, et il n’y avait de toute façon pas de héros.

Dans la première action, ni les RZ ni les camarades qui y ont participé concrètement n’ont eu de contrôle sur le déroulement des choses. C’est-à-dire que d’autres avaient décidé, parce que les autres avaient largement laissé la chose entre leurs mains. Dans le cas de l’action Adler, il y avait un plan établi qui leur était propre et un contrôle du déroulement qui l’était tout autant. Tu savais déjà ce qu’il allait se passer. Dans l’action OPEP, il avait aussi été pris en compte le fait de faire des morts et des blessés. Pour Adler, seulement des dégâts matériels, par choix.

Pour résumer, l’action OPEP a été spectaculaire et médiatique, celle contre Adler exemplaire et reproductible. D’autres actions contre Adler ont d’ailleurs eu lieu sur la base de cet appel. Dans le cas de l’OPEP, il n’y avait aucun lien avec le débat interne à la gauche en Allemagne, tandis que la grève en Corée du Sud était un sujet de discussion quand les Rote Zora ont incendié les locaux.

Les références sont une caractéristique très importante. En 1975, il y avait celles que l’on faisait aux « mouvements de libération » et aux soit-disant « États progressistes ». Peut-être la Libye ou le COMECON ; en 1987, on se référait aux luttes sociales de la Tricontinentale avec une forte connotation antiraciste. Le chef d’Adler, ironie du sort, s’appelait Fuerchtegott (littéralement « craintes de Dieu »).

Adler a toujours loué les mains sveltes des travailleuses Sud-Coréennes, chose indubitablement raciste. Dans tous les cas, l’élément féministe était d’offrir de la solidarité à la grève des femmes. De là, vous voyez, comme je cherche à le souligner, que les RZ ont beaucoup changé entre les années ’70 et les années ’80.

Maintenant, nous allons voir un point qui est relativement difficile à aborder. Il s’agit des détournements d’avion, et en particulier de celui d’Entebbe [14], avec les questions d’antisionisme et d’antisémitisme qui ont à voir au-delà de cette action. Une autre question était que les RZ, à la différence de la RAF et du 2 Juin, considéraient qu’il n’y avait pas tellement de prisonniers que ça. Ce que je veux dire, c’est qu’il n’y avait pas de pression pour se concentrer sur cet aspect, comme l’a fait la RAF.

Stefan : Pour en revenir aux détournements d’avions, il faut en rappeler les antécédents de la fin des années ’60, et en particulier ceux des Palestiniens. En 1969, par exemple, un avion américain fut détourné vers Damas. Plus tard, en 1972, un autre détournement réclama 5 millions de dollars pour financer la lutte armée, plutôt que la libération de prisonniers. Il y a aussi eu un précédent dans l’histoire des Black Panthers, même si il s’agissait dans ce cas de quelqu’un qui voulait partir en exil en Algérie.

Tout cela pour rappeler que les détournements d’avion étaient à l’époque un moyen qui n’était pas rejeté dans le conflit qu’il y avait alors.
Qui veut analyser les dessous de ces actions doit considérer que cette tolérance de fond dépend de l’opposition qu’il y avait à l’époque. On considérait comme responsable non seulement le gouvernement du pays, mais également les simples citoyens qui n’en avaient rien à foutre que leurs gouvernements bombardent ces pays.

Ceci n’est pas une justification des prises d’otages, seulement une esquisse de l’ambiance dans laquelle tout cela était discuté. Il y avait un livre de Leila Kaled qui disait « mon peuple doit comprendre qu’il est devenu une figure de culte dans des secteurs non minoritaires de la gauche ».

Tout cela pour expliquer pourquoi quelques militants révolutionnaires ont utilisé ces moyens. Ce que l’on veut aujourd’hui prendre pour sujet, et qui est aussi la raison pour laquelle certaines actions ont à partir d’un moment été abandonnées, y compris par les Palestiniens, parce qu’elles étaient jugées contre-productives, est justement le cas d’Entebbe, où étaient présents des militants Allemands et, entre autres, des passagers de l’État d’Israël, c’est-à-dire des juifs.

Klaus : Oui, en fait, il s’agit du détournement d’un vol de ligne Tel-Aviv Paris. Le commando était composé de deux Allemands et de deux Palestiniens du FPLP-OE. Wilfried « Bonny » Boese et Brigitte Kuhlmann faisaient partie des fondateurs des RZ.

Après une escale en Libye, l’avion a atterri à Entebbe en Ouganda, où régnait un dictateur plutôt sanguinaire – il a toujours été appelé dictateur d’opérette, mais c’était de fait de l’une de ces figures qu’il s’agissait – Idi Amin.

Le commando a réclamé la libération de 53 prisonniers politiques : 40 Palestiniens détenus en Israël, plusieurs au Kenya et en Suisse, et 6 en RFA : Ralf Reinders, Inge Viett, Fritz Teufel (Mouvement du 2 Juin), Werner Hoppe, Ingrid Schubert et Jan Karl Raspe (RAF). Il existe quelques articles qui se penchent sur la question de l’antisionisme et de l’antisémitisme et qui doivent être lus pour expliquer la complexité de la situation.

Il s’est passé que, une fois arrivés à Entebbe, les passagers – tous, initialement – ont été emmenés dans les bâtiments de l’aéroport. Ceux qui ne provenaient pas de pays auxquels avaient été adressées les revendications de libération de prisonniers ont été relâchés petit à petit. Puis le commando, les deux Allemands compris, a séparé les passagers avec passeport israélien des autres, et les a déplacés vers un autre lieu où ils sont restés un jour avant d’être reconduits dans le groupe (qui n’était désormais plus composé que de quelques Français et du personnel de bord). C’est ce que les RZ traitent comme sélection de juifs.

Le jour suivant, un commando israélien a atterri à Entebbe, a abattu les pirates de l’air et une trentaine de soldats Ougandais, et a libéré tous les otages, sauf un, qui est resté à l’hôpital et a par la suite été assassiné par les services secrets Ougandais après le départ du commando israélien.

Je voulais aussi commenter une autre chose restée inconnue jusqu’à aujourd’hui. Fin juin 1976, l’évasion de 4 femmes [15] était prévue par les quelques membres du 2 Juin encore en liberté. C’est au cours de ces préparatifs que ce détournement a eu lieu, et puisque Inge Viett était sur la liste, cela a provoqué un renforcement de la sécurité carcérale à Lehrter, ce qui revient à dire que ce n’était plus possible. Ceux qui avaient préparé l’évasion en sont presque tombés de leur chaise lorsqu’ils ont reçu la nouvelle du détournement d’avion. Après la libération des otages par le commando, les mesures ont été suspendues, et quelques jours plus tard, le 7 juillet 1976, l’évasion a réussi.

Dès lors, Entebbe est aussi devenu un sujet de discussion au sein du 2 Juin, parce que 3 des leurs figuraient sur la liste, et il y avait différentes positions sur l’acceptation de telles actions.

Moi, j’étais à Berlin et je faisais partie des « légaux ». Nous critiquions Entebbe pour une autre raison : la composition des passagers de l’avion était un pur hasard, et ce côté arbitraire n’a rien à voir avec une politique révolutionnaire. Il y avait à l’intérieur du 2 Juin des personnes qui l’ont vu d’une autre façon. Justement ceux qui ont collaboré avec les Palestiniens. Cela a été âprement discuté en interne, mais rien n’en est ressorti à l’extérieur. Il aurait été préférable que cette critique soit faite ouvertement, mais cela n’a pas été fait, et on peut nous le reprocher encore aujourd’hui.

C’est justement du fait de cet intérêt pour l’action d’Entebbe qu’il y eut un colloque 6 ou 9 mois plus tard avec une personne qui y était, et qui n’avait survécu que parce qu’elle était par hasard partie plus tôt. Nous lui avons alors demandé comment ça c’était passé, et je dois malheureusement dire que les questions ont été posées selon des critères militaires et de déroulement. Nous ne pouvions pas nous imaginer, et je ne peux toujours pas le faire aujourd’hui, que les deux soient à ce point antisémites pour être allés là-bas pour sélectionner les passagers juifs. Ça ne venait sûrement pas d’eux. Ils se disaient antifascistes, mais ils n’ont pas clairement vu la portée de leur acte.

Le motif pour cela avait été que le commando, et il y avait des raisons fondées, craignait une attaque depuis le Kenya. Voilà pourquoi les otages ont été déplacés. Cette pénible raison militaire tactique semble effectivement être le motif de cette décision, pour ce que j’en sais. Après que le gouvernement Israélien annonce qu’il allait libérer les otages, les passagers Israéliens ont été réunis avec les autres. On connaît la fin de l’histoire.
Malgré cela, ces questions doivent être posées.

Stefan : Il faut aussi rappeler pour le contexte que jusqu’en 1967, la gauche était pro-Israël, et le SDS [16] faisait des campagnes en sa faveur. On voyait le mouvement des Kibboutz comme socialiste et porteur d’espoir de changements sociaux. Il y avait également la question, qui par a la suite glissé au second plan, que beaucoup de survivants de l’holocauste avaient fui en Israël. C’est-à-dire qu’Israël était vu comme le protagoniste d’une autre histoire, et pas seulement comme persécuteur des Palestiniens.

Peut-être qu’eux avaient considéré, en tant qu’Allemands qui se considéraient antifascistes et révolutionnaires, qu’ils se trouvaient face à une autre situation, celle de menacer des gens qui avaient survécu aux camps de concentration et d’extermination en leur pointant des armes dessus. Un élément très important, au-delà de l’internationalisme qui trouvait sa justification dans des histoires comme celle du Chili et du Vietnam, était de dire pendant la fausseté du miracle économique que « nous ne ferons pas comme la génération précédente qui a laissé le nazisme s’installer ». On pensait alors que le vieil antifascisme était inutile, parce qu’il y avait un nouveau fascisme qui ne venait pas des masses, mais plutôt des institutions, et c’est pour cela que l’on a cherché l’affrontement avec celles-ci.

Mais ce qui a été négligé par cet internationalisme, c’est que les vieux nazis avaient conservé leurs anciennes positions et avaient modelé ce pays. Cela n’a pas été suffisamment approfondi, et a même parfois été attaqué. Même l’histoire des réfugiés n’a pas été traitée, et c’est par exemple pour cela qu’il est possible que 50 ans plus tard se fasse la discussion de savoir s’il fallait dédommager ou non les travailleurs forcés du Reich et que l’industrie se permette de jouer avec ces personnes en discutant les miettes. Si on regarde l’histoire allemande, ce sujet aurait du être à l’ordre du jour dans les années 1970, quand il restait encore beaucoup plus de vétérans en vie que ce n’est le cas aujourd’hui.

Klaus : Cette citation des RZ de 1978 illustre bien l’antifascisme de l’époque :

Nous ne savons pas encore s’il sera possible d’étendre de manière décisive les bases de la résistance ou bien si le peuple allemand est si avancé dans sa pensée qu’il pourra de nouveau se décider pour une solution fasciste, bien qu’il y ait des signes prémonitoires. En 1933, la gauche organisée s’était déjà déclarée vaincue. Avec l’espoir que la nazisme tombe en ruines de lui-même, SPD et KPD ont renoncé à une organisation de la résistance. Si 10.000 morts dans la lutte contre le fascisme leur semblait être un chiffre trop élevé, il y en avait 56 millions à la fin de la seconde guerre mondiale. Nous ne nous exposerons pas une nouvelle fois à l’accusation d’avoir laissé passer quelque chose à tenter.

Dans cette façon d’envisager les choses, il n’était pas évident d’entendre antisémitisme pour fascisme ou, justement, nazisme, et pas nécessairement racisme non plus. Cette pensée était lacunaire et je pense que le débat nous a aujourd’hui (probablement) portés plus loin.

Nous arrivons maintenant à un sujet qui est resté relativement entouré de mystères.

carlosCette photo est tirée d’une vidéo des services Ougandais et montre, de façon réelle ou présumée, Carlos à la gauche de Johannes Weinrich lors d’une réunion de quelque service secret. Les connaissances sur le groupe sont aussi nébuleuses que la photo. Carlos, qui devint leader après l’action OPEP, abandonna le FPLP quelques années plus tard pour fonder son propre groupe, « Internationale Révolutionnaire ».

Je l’appellerai le Groupe Carlos, tel qu’il est de fait connu.

Dans ce groupe, qui a dès le début été très dépendant des services secrets arabes, il y a eu des collaborations avec d’ex-membres des Cellules Révolutionnaires. Cela est incontestable. Ce groupe s’est positionné très clairement sur les contradictions entre métropoles et Trikont, ou bien avec les pays du socialisme réel. Il n’y a pas de revendications ou d’actions social-révolutionnaires dans le groupe de Carlos. Il ont agi le long de cette ligne premier monde-tiers monde, et l’ont surtout fait dans la mesure où les services secrets qui les soutenaient l’ont permis.
La structure du groupe n’était en rien transparente, même pour ceux qui y étaient liés. Il avait un leader très identifié, une conduite claire et surtout n’avait aucune influence du débat de la gauche. Il s’est dirigé uniquement vers des intérêts tactiques et stratégiques. Et ces intérêts sont exactement ce qui est fatal à un groupe.

On est illégal et recherché en RFA. On décide de quitter le pays pour rejoindre un groupe révolutionnaire. Il aurait été possible d’aller en Amérique Latine, mais grâce aux bons contacts qui existaient, on optait pour le Proche-Orient en entrant donc dans un groupe duquel on devenait dépendant. On a pas de papiers, ni d’appartements, etc. Le groupe devient l’un et le tout. On décide ce qui est bon pour le groupe et ce que le groupe choisit. Il s’agit d’un processus psychique sournois que les gens négligent. Le cours forcé des évènements en vient ensuite à caractériser notre propre conscience.

Et il peut à travers ça arriver que des gens, qui au début des années ’70 faisaient partie du Secours Rouge ou des occupants de maisons comme nous deux, entrent en scène dans de tels groupes et participent à des actions qu’eux-mêmes auraient trouvé dégueulasses 10 ans plus tôt.

Stefan : Carlos est originaire du Vénézuela. Il a étudié en Russie à l’université Lumumba et a été l’un des premiers à lutter en Jordanie au cours du Septembre Noir, lorsque des milliers de Palestiniens furent massacrés par l’armée jordanienne. Par cela, je veux dire que les symptômes d’un tel développement étaient déjà présents, même s’ils n’étaient pas encore reconnaissables.

Klaus : Le prochain point me touche au cœur, puisque j’étais un ami de Gerd Albartus, qui m’a rendu visite en prison jusqu’à peu avant sa disparition. Nous pouvons donner pour sûr que Gerd a été tué par le groupe de Carlos quand il s’est envolé vers le Proche-Orient pour les rencontrer. On a beaucoup spéculé sur la raison de son exécution. De tels groupes, qui vivent en quelque sorte sous vide, qui n’ont plus de contacts sociaux en-dehors de leurs hôtels ou d’appartements de conspiration, tendent fortement à la paranoïa. La moindre déviation ou le plus petit problème sont associés à la trahison et cela, du fait des risque qu’une trahison ferait encourir au groupe, ne mène qu’à une seule punition : la mort.

Ces groupes ont comme paramètres des choses que la gauche ne devrait plus avoir depuis les temps de Staline ou de la Tcheka. Comme tuer des gens pour des raisons politiques, ou pour « trahison », comme on le dit à chaque fois, ou parce qu’ils pourraient être un risque. Gerd a fait 4 ans en tant que membre des RZ et il n’a rien dit aux flics, et cela aurait dû être une preuve suffisante pour dire qu’il n’était en aucun cas un traître.

Par rapport à leurs accusations, il faut préciser :
1) c’était une erreur de le traiter comme un traître. Il y avait un traître dans le groupe, mais ce n’était pas lui. S’ils l’ont débusqué ensuite, cela renforce encore plus ce que je dis.
2) Gerd, qui a officiellement vécu ici en RFA en tant qu’homosexuel, emportait naturellement avec lui des contacts et/ou des relations qui n’avaient rien à voir avec un groupe comme celui de Carlos.
Et pour cela, Gerd, qui a longtemps vécu en RFA et qui ne pouvait pas avoir de contacts avec eux pendant de longues périodes de temps, est devenu la victime idéale. On peut tout imputer à quelqu’un qui est longtemps resté absent.
Et cela lui a été fatal.

Enno : En réunissant les communiqués sur les campagnes, actions et discussions des RZ et des Rote Zora de la dernière époque, on peut établir qu’il y a eu une claire tentative de sortir de la crise de laquelle nous parlions plus tôt, et c’est en ce sens que doit être considérée la campagne sur la question des réfugiés qui a été menée à la fin de l’automne / hiver.

Klaus : Entre la phase dont a parlé Enno et celle dont nous avons parlé, à la fin des années ’70, il y a encore de nombreuses actions des RZ. En premier lieu, il y a eu une fracture, on peut facilement appeler ça comme ça, à la fin des années ’70. Ça n’a pas été une division précise, et il y a des personnes qui se sont comportées de façon très différentes, comme Gerd Albartus par exemple.

Les RZ, comme la RAF et le 2 Juin, qui ont perdu des gens ou bien changé de manière radicale jusqu’à leur dissolution, ont dû pour ainsi dire recoller les morceaux, et repartir sur une nouvelle naissance au début des années ’80 avec les nouveaux mouvements sociaux, qui trouvaient leur plus nette expression dans la réunion des recrues de Brême (Mai 1980) et le mouvement squat de Berlin. Tout s’est déroulé de façon relativement rapide et bonne.

Puis il y a eu les attentats contre l’Office fédéral du travail [17], de nouveau l’impression de faux billets [18], quelques actions contre l’impérialisme US [19], en particulier lors de la visite de Reagan où de nombreux attentats ont eu lieu, dont un ici à Berlin contre le quartier général AFN [20]. Puis il y a eu la campagne contre le Startbahn West à Francfort, sur laquelle nous ne rentrerons pas dans les détails.

Les Rote Zora ont en outre mené des actions contre la marchandisation des femmes et en soutien aux travailleuses dans le monde. Elles ont également réalisé les premières actions contre les biotechnologies et technologies reproductives, qui sont aujourd’hui devenues un thème beaucoup plus urgent et important. Elles ont frappé la Schering à Berlin-Ouest [21], le centre de recherche de Brunswick [22], l’institut de génétique humaine à Munster [23]. Et, entre autres, il y a aussi eu des actions contre l’écartement / élimination des handicapés, et il s’agit là d’un sujet assez important.

En 1983, RZ et Rote Zora écrivirent ensemble un document sur le mouvement pacifiste ici en Allemagne :

Les nouveaux mouvements sociaux, et cela est dû au mouvement pacifiste, se développent transversalement aux questions de classe, et ce de façon croissante, se superposant aux questions sociales et se développant même en partie vers la droite. Comme seuls points de référence d’une pratique révolutionnaire, ils deviennent douteux. Tout ancien « entrer dans le mouvement » qui poserait la question de la mobilisation face à leurs contenus ou objectifs, n’est plus un critère suffisant. Une certaine désillusion s’est donc ainsi rajoutée vis-à-vis d’une possible base dans la masse, et par rapport au profond enracinement des RZ ici en Allemagne de l’Ouest. En conséquence, une gauche qui se réfère à des critères de classe, le prolétariat et le sous-prolétariat, doit refléter les formes d’organisation et le cours de ses propres formes de résistance.

Cela signifie que les RZ firent alors une autocritique, qui remettait notamment en question leur stratégie de massification, de naissance, d’ancrage et d’élargissement des nouveaux mouvements sociaux. Par la suite, et cela également est un changement notable par rapport aux années ’70, elles écrivent :

Le tiers-monde dans son ensemble ne peut être vu comme sujet historique, à partir des changements révolutionnaires y compris dans les centres de l’accumulation du capital, et on ne peut donc pour cela plus se définir comme étant leur cinquième colonne (ou le bras long) de la résistance ici.

Il s’agit là d’une critique du vieil anti-impérialisme des années ’70, tandis qu’il semblait que l’ère des mouvements de libération nationale soit en train de toucher à sa fin. L’union entre élite indigène et sous-classe est devenue vacillante. Et l’union de la lutte pour la libération sociale dans les métropoles comme dans le tiers-monde devient le nouveau présupposé naturel pour un nouvel internationalisme.

Enno : Les réfugiés sont l’expression d’un mouvement de portée mondiale. Les réfugiés qui arrivent ici sont différents des migrants des années ’60 et ’70, qui venaient pour d’autres raisons. Ceux-là sont le fer de lance de ceux qui sont mobilisés sur trois continents, ceux qui vivent dans les camps de réfugiés, qui sont chassés par leurs affects, guerres, actions de contre-insurrection, programmes de transferts forcés, etc.

Ce que je veux dire, c’est que l’on fait des actions et une politique qui se réfère à ce sujet social, on ne se réfère pas seulement aux demandeurs d’asile, comme on le dit en jargon juridique, mais à ces processus sociaux qui sont derrière cela internationalement. Ce que l’on déduit de plus de ce communiqué des RZ, c’est qu’en parallèle de cette vague de migration, qui est perceptible à travers les vagues de réfugiés qui nous sont « posés sur le perron », il y a un autre aspect qui se mélange au premier.

Ici, en effet, règne le chômage, les contrats à terme, les conditions de travail précaires, l’élévation de l’âge de la retraite, etc. Tout un secteur résumé par le concept de « pauvreté de masse » et qui comprend une grosse dimension sociale par ici, que ce soit dans le quotidien ou dans la discussion politique. Il faut considérer que les RZ ont toujours tenté de se référer en principe à ces deux sujets. Elles disent qu’en principe, il y aurait la possibilité que ces deux secteurs se mélangent en cristallisant une explosivité sociale singulière, à laquelle il faudrait se référer.

C’est un processus qui est encore en formation, et on peut considérer que le mélange de ces deux processus provoque une explosivité sociale très forte.

Klaus : On avait fait cette évaluation, qu’il y avait une nouvelle pauvreté de masse en RFA, que la sous-classe s’étendait sensiblement et qu’il y avait en même temps, du fait d’un large appauvrissement des pays de la Trikont, un nouveau sujet. Les réfugiés, pas seulement les politiques, mais aussi les migrants, qui étaient les ambassadeurs et l’effet de cette pauvreté, et qui venaient pour cette raison dans la métropole. La rencontre entre les deux sujets appauvris, la sous-classe blanche et ces migrants, mènerait à une nouvelle situation, à laquelle une organisation révolutionnaire comme les RZ devrait se préparer.

La campagne des réfugiés n’a donc initialement pas été pensée comme une campagne de solidarité, mais bien comme un projet révolutionnaire. A ce propos, les RZ écrivent en 1985 :

Nous ne savons pas dire si la question des réfugiés est une politique anti-impérialiste avec des lignes de conflit auxquelles on puisse inclure la sous-classe blanche, mais la lutte pour le droit de permanence des réfugiés est juste, même si elle reste isolée des sous-classes blanches. Cette lutte n’est pas une question humanitaire ou juridique et ne se limite pas à la question du droit d’asile politique. Elle fait partie d’une lutte de classe globale.

Cela veut dire que les RZ ont démarré la campagne sur les réfugiés parce qu’elles voulaient agir à l’intérieur d’une lutte de classe globale, du bas vers le haut. C’était ça, l’approche initiale.

Mais je pense que le problème était, comme l’ont d’ailleurs écrit les RZ, que l’on faisait des actions en solidarité avec les réfugiés mais qu’il manquait justement la liaison avec les substrats prolétaires blancs. Que cette force explosive révolutionnaire que l’on espérait se libère à travers la rencontre entre les deux sujets ne s’est en rien vérifié. Ce n’est pas pour ça que l’on a renoncé aux actions de solidarité avec les migrants, et certaines font partie de ce sur quoi s’est construit le processus ouvert aujourd’hui.

En voici une liste : police des étrangers à Hambourg [24], registre central des étrangers à Cologne, Haut tribunal administratif de Lunenberg (responsable des décisions sur le droit d’asile), la Croix-Rouge de Berlin Ouest [25] qui à l’époque, comme elle l’est de nouveau aujourd’hui, était responsable de l’hébergement des réfugiés, la police aux frontières à Hagen et à Hahn, la Lufthansa [26], contre laquelle il y a une campagne encore aujourd’hui, et qui était déjà attaquée en 1986 pour sa participation aux expulsions.

Plus tard, en 1992, un autre document a été publié par une des Cellules Révolutionnaires et s’est pas mal diffusé, « La fin de notre politique ». Il y était tenté, en partant de l’échec de la campagne sur les réfugiés d’alors, d’expliquer pourquoi elle renonçait à la praxis militante illégale. Nous ne nous arrêterons pas sur le document, dont on pourrait discuter point par point, mais il est apparu sur « Interim » une « Lettre à Luka » qui donne une bonne position, bien développée. En 1992, nous étions en prison, et nous l’avons pris d’un point de vue spécial.

Stefan : Justement par rapport à la prison, j’ai toujours eu une position qui l’identifiait en tant que terrain social. Il y avait depuis longtemps eu des contre-positions, depuis 1981, quand j’avais pris des positions différentes de celles de mes camarades de la RAF en voulant intervenir de manière différente sur la prison. Les prisons avaient aussi changé de manière croissante dans leur composition au cours des ans.

En 1992, dans la taule où j’étais, plus de 50% étaient des étrangers provenant de plus de 50 nations. J’ai eu des relations sociales avec beaucoup de ceux qui étaient menacés d’expulsion, j’ai vécu le racisme à fleur de peau, surtout après 1989, quand beaucoup pensaient que viendrait un moment de libération, alors que l’on ne préparait que des temps menaçants de racisme et d’antisémitisme. Dans ce contexte, ce communiqué ne m’a pas semblé très clair.

Il faut voir que les évènements de Rostock venaient d’avoir lieu et que si l’on motive la décision d’arrêter par cette critique de ce qu’il ne s’est pas passé, il aurait tout aussi bien pu être possible d’employer de la même façon expériences et structures pour défendre ceux qui par exemple étaient victimes de tels pogroms.

C’est la même chose pour le texte sur Gerd Albartus. Par rapport à ça, il y a toujours de bonnes raisons pour lesquelles un document du genre n’est plus diffusé au sein de la gauche, et il serait possible de discuter sur le fait de mener une politique du genre. Je la trouve en partie justifiée ou évidente, mais je pense que chacun verra différemment l’action contre Kaiser près du monument du camp de concentration de Ravensbrueck.

On pouvait déduire de cette histoire que l’on aurait du établir d’autres priorités. Je dois cependant dire que je voyais tout cela depuis la prison, où on a un point de vue assez limité et qu’on ne perçoit pas l’ensemble du débat au sein de la gauche.

Klaus : Il y avait alors la tentative de dépasser cette « fin de notre politique » et de comprendre pourquoi les RZ ont effectivement mis fin à leur politique.

Il y a une hypothèse, que je trouve fondée, qui est que les RZ se sont confrontées au même problème que tous les groupes armés en Allemagne de l’Ouest (ou auront, si jamais en naissent de nouveaux). Je pense, dans le cas des RZ, qu’il s’est agi d’un problème structurel qui a mené à la fin de leurs activités. Les RZ ont toujours été dépendantes des conditions de la gauche : on voulait avoir de nouvelles personnes ou du soutien de la gauche alors que la gauche était en crise (et cela était le cas au début des années ’90). Cette crise s’est répercutée sur les RZ. On ne peut pas voir l’histoire des RZ séparée de celle de la gauche.

Elles avaient en outre le problème basique, que l’ETA ou l’IRA ou d’autres mouvements de libération n’avaient pas, de ne jamais avoir eu de bras légal. Il y avait toujours la question de comment il pouvait être possible de transformer des actions réussies, et il y en a eu dans l’histoire des RZ, en succès politique. En d’autres termes, où était la force politique qui les soutenaient. Seule la gauche radicale légale pouvait le faire, et si celle-ci en est incapable, même les meilleures actions tombent dans le vide.

Un autre problème était l’avantageux concept des cellules, c’est-à-dire la divisions en différentes cellules autonomes qui ne sont pas liées entre elles et qui ne communiquent ensemble qu’indirectement, chose qui est très sensée du point de vue de la sécurité mais qui à long-terme poser des problèmes. C’est-à-dire que l’on peut en arriver à des fractures entre ces cellules, qui communiquent de façon rudimentaire entre elles, elles ne sont plus unies. Si les conditions sous lesquelles agissent ces cellules commencent à changer, on perd aussi l’unité des cellules. Cela, à mon avis, a aussi été le cas à partir des années 1990.

Un problème ultérieur est causé par le fait qu’elles agissent depuis la légalité. Un problème se crée lorsque quelqu’un des RZ est illégalisé et doit passer à la clandestinité. Comment te comporter dans ce cas-là ? Ou tu pars en clandestinité à l’étranger, choisissant donc un concept antithétique à celui des RZ, ou tu agis en tant qu’illégal dans les RZ. Et se repose alors le problème que les RZ et le 2 Juin avaient déjà, à savoir celui de devoir se préoccuper de la logistique. Mais dans ce cas-là, on viole de toute façon un des concepts de base des RZ. Ce point a été un gros problème lors de différentes phases des Cellules Révolutionnaires.

La concentration des RZ sur le problème des réfugiés, s’il était d’un côté une impulsion importante pour la travail de la gauche sur les réfugiés et un soutien pour les réfugiés eux-mêmes, a par ailleurs été une restriction sur un thème de groupes révolutionnaires qui avaient commencé en agissant sur la société dans son ensemble, et cela a finalement été un repli de l’approche révolutionnaire de toute la société, en arrivant à un moment à faire apparaître le problème de ce qu’on a appelé le « réformisme armé ». Ce qui revient à dire : nous faisons des actions pour combattre le problème spécifique, chose qui est juste et légitime, et dans le cas de la campagne réfugiés c’était plus que légitime, mais on perd alors ce que l’organisation a mis en marche.

L’envie de révolution est une raison très forte. Si tu penses qu’elle est la solution à tous les problèmes, tu es prêt à risquer pour elle si tu penses pouvoir y arriver, ou au moins à la génération suivante. Mais ça ne s’est pas passé. Les problème subjectifs liés à la double existence peuvent sembler étranges à entendre, mais vous devez bien penser qu’en RFA, les groupes armés étaient toujours formés de seulement quelques personnes, quelques dizaines, ou, dans la plupart des cas, de moins. Donc si une demi-dizaine se détache de cette quantité de base pour des motifs personnels, la différence se fait déjà sentir. Et cette structure des RZ, justement, qui vit dans la légalité mais fait de la pratique dans l’illégalité, provoque un changement lorsque la vie légale devient moins révolutionnaire.

Et beaucoup d’entre vous le savent : la maison, le travail, les relations… tout cela se fait un peu plus agréable. Il n’y a plus cette poussée de lutte comme dans les années ’70. C’est le contexte dans lequel se bougent les membres vieillissants des RZ. Ils se sentent liés à leur environnement légal, une marche forcée qui influence la structure illégale des RZ qui se rencontre une fois par semaine, une fois par mois. Et ça, on ne le remarque pas immédiatement. C’est-à-dire que la force qui détermine le tout est la force illégale, et cette structure illégale est beaucoup moins forte que celle légale dans laquelle tu vis. Et quand en plus s’accumulent des difficultés comme celles dont on a parlé, ou bien une démoralisation suite à des attentats qui ont eu un mauvais écho ou qui ont échoué, il peut assez vite apparaître chez certains la question sur le sens de tels efforts.

La solidarité avec les réfugiés peut aussi très bien se dérouler dans les structures légale, y compris d’autres façons, à travers des publications ou des manifestations légales sans devoir se bouger de nuit dans avec un calibre 45. Un des problèmes, c’est surtout le vieillissement (rires). Bon, je n’arrive pas à voir si ce sont les jeunes ou les vieux qui rient, mais je pense qu’il est maintenant clair qu’à ces problèmes subjectifs, ou bien on peut aussi parler du vieillissement des RZ si on veut, on puisse arriver à la fin sans communiqué de conclusion définitif, c’est-à-dire que ces problèmes subjectifs et d’organisation mènent à une conséquence politique, celle de la cessation des activités, et qui n’est en plus pas précisément déclarée.

Je pense que ça a été une erreur et j’espère encore un communiqué en ce sens ou bien une déclaration de clôture des RZ, parce que ce serait le point de départ pour des discussions ultérieures. Le texte des RZ de 1978 commençait comme ça : « Toujours confronter la gauche avec le problème de la lutte armée ». Ce soir, nous avons essayé de le faire.

QUESTIONS A LA GAUCHES (1978)
1- Avec quelle perspective avancez-vous ?
2- Qu’avez-vous à opposer à l’énorme pouvoir de l’État ?
3- A quel conflit social vous référez-vous ?
4- Y a-t-il une quelconque force sociale qui vous soutienne ?
5- Quel rôle ont les mouvements de libération dans vos réflexions ?
6- Que signifie pour vous le fait que le champ d’action politique se soit réduit à la conformité et la confiance en l’État ?
7- Quelles conclusions finales tirez-vous de vos analyses ?
8- Qu’avez-vous appris du Chili ?
9- Le problème de la fascisation est à résoudre en mettant au repos ceux qui se défendent ?
_

P.-S.
Si on a récemment réentendu parler des Cellules Révolutionnaires suite à l’extradition vers l’Allemagne de Sonja Suder et Christian Gauger en septembre 2011, il existe très peu de ressources francophones à propos des RZ.
On peut cependant citer le livre auto-édité En Catimini : Histoire et Communiqués des Rote Zora, difficilement trouvable en papier mais disponible dans son intégralité sur ce site.

Notes de traduction :

[1] Le 16 novembre 1973, des attentats ont lieu contre l’entreprise ITT dans ces deux villes. Ce sont les premières actions signées par les RZ.
[2] Novembre 1983, attentat contre le bureau d’exécution de la Justice, Hamm.
[3] Holger Meins, membre de la Fraction Armée Rouge arrêté le 1er juin 1972 à Francfort avec Andreas Baader et Jan Carle Raspe, meurt le 9 novembre 1974 au cours d’une grève de la faim commencée le 13 septembre. De nombreuses manifestations de solidarité sont déclenchées par sa mort, réunissant des milliers de personnes. Le lendemain, 10 novembre 1974, un commando du Mouvement du 2 Juin abat le président de la cour suprême de Berlin à son domicile : « Un des responsables des conditions de détention des prisonniers politiques était le juge von Drenckmann […]. Après la mort de Holger Meins, il a été abattu. […] Il appartenait au « noyau dur » des responsables. Il n’a pas voulu écouter nos revendications concernant les conditions de détention des prisonniers. Il était clair qu’il comptait sur de nouvelles morts de révolutionnaires dans les prisons allemandes. Qui sème la violence récoltera la violence ». Communiqué reproduit dans Anne Steiner & Loïc Debray, RAF : Guérilla urbaine en Europe occidentale, L’Echappée, 2006, p.59.
[4] Cette brochure est parue en décembre 1993 et porte le titre Mili’s Tanz auf dem Eis.
[5] L’automne allemand est l’expression consacrée pour désigner l’automne 1977, période de pic du conflit RAF-RFA : le 5 septembre 1977, un commando de la RAF enlève Hans-Martin Schleyer, président du syndicat des patrons ouest-allemand et ancien SS en revendiquant la libération de 11 prisonniers. Le 13 octobre, un commando palestinien détourne un Boeing de la Lufthansa et formule les mêmes revendications. Le 17 octobre, 3 membres de ce commando sont abattus à Mogadiscio par les forces antiterroristes allemandes. Le lendemain, Andreas Baader, Jan Carl Raspe et Gudrun Ensslin (membres fondateurs de la RAF) sont découverts morts dans leurs cellules de la prison de Stammheim, et Irmgard Moller très grièvement blessée. Le surlendemain, 19 octobre, le corps de Schleyer est retrouvé dans le coffre d’une voiture à Mulhouse. Le 12 novembre, Ingrid Schubert est retrouvée pendue dans sa cellule. L’État allemand redouble alors dans la répression et dans l’instauration de lois d’exception.
[6] 16 juillet et 17 novembre 1975, 120000 billets sont distribués.
[7] Comme c’est par exemple arrivé à Harrald Hollenberg le 28 octobre 1986 ou à Günther Korbmacher le 1er septembre 1987, respectivement responsable de la police des étrangers de Berlin et président de la cour du Tribunal Administratif.
[8] Neuf numéros de mai 1975 à octobre 1986.
[9] Respectivement décembre 1975 et juin-août 1987.
[10] 16 novembre 1974.
[11] 4 mars 1975.
[12] La première action des Rote Zora contre le siège d’Adler a lieu le 21 juin 1987 à Haibach, et les suivantes le 15 août dans neuf villes différentes. Voir le communiqué dans En catimini, Histoire et communiqués des Rote Zora, p.149-156.
[13] Cette citation est extraite du texte Chaque cœur est une bombe à retardement, publié dans le numéro 6 du journal Revolutionärer Zorn, de janvier 1981. Reproduit (entre autres) dans En catimini, p.61-76.
[14] Juin 1976. A noter que des cellules des RZ incendieront en janvier 1977 des cinémas projetant le film Entebbe, qui se basait justement sur cette action.
[15] Inge Viett, Juliane Plambeck, Gaby Rollnik du 2 Juin et Monika Berberich de la RAF.
[16] Sozialistiche Deutsche Studentenbund, Union des Étudiantes Socialistes.
[17] Janvier 1980, Nuremberg.
[18] 30 mars 1981 dans plusieurs villes d’Allemagne.
[19] Par exemple contre le casino des officiers américains (mars 1980) ou la cantine des armées américaines à Francfort (mai 1981).
[20] La visite de Reagan était en fait le sommet de l’OTAN. 1er juin 1982 : attentats à l’explosif contre le QG des États-Unis à Francfort, de l’American Forces Network à Berlin, d’ITT à Hannovre, d’IBM et Control Data à Düsseldorf et club des officiers américains à Gelnhausen. Voir communiqué commun des RZ et des Rote Zora, reproduit dans En catimini, p.119-120.
[21] 7 mars 1982. Schering était accusé de marchandiser des médicaments dangereux et de faire des stérilisations forcées.
[22] 20 septembre 1986.
[23] 5 août 1986.
[24] Août 1986
[25] Ces trois actions ont eu lieu en Septembre 1986.
[26] Octobre 1986.

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