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Chili : Septembre Noir

Le 11 septembre est le jour où, en 1973, le commandant en chef de l’armée chilienne Augusto Pinochet a pris de force le pouvoir entre les mains d’Allende. Jusqu’en 1990 des milliers de personnes seront torturées et tuées sous son régime.

Le même jour, en 1998, l’anarchiste Claudia López sera tuée par balle par des flics de la “démocratie restaurée” alors qu’elle combattait sur une barricade lors de la commémoration du coup d’état de 1973. Depuis lors, sous le slogan de “Septembre Noir” des manifestants combattent la répression étatique en souvenir de Claudia et tous ceux tombés au combat.

Cette année, des sabotages, des barricades, des batailles de rue avec des cocktails molotovs et des attaques armées sur les flics ont eu lieu durant le 39° anniversaire du 11 Septembre, laissant un flic mort et beaucoup d’autres blessés.

• La nuit avant le 11

Répression préventive
La nuit du lundi 10, des agents du 30° Commissariat de Radiopatrullas sont intervenus dans plusieurs communes pour tenter de prévenir des foyers d’émeute  pour un nouveau 11 septembre. Le fameux « Escadron Centaure » a effectué des contrôles de véhicules et d’identité dans les communes de Puente Alto, La Pintana, Recoleta et Conchalí, et il a aussi retiré du matériel que pourrait être utilisé pour  des barricades et des affrontements, comme des pneus abandonnés.
À la suite de ces opérations la police a arrêté 117 personnes, parmi lesquelles 109 l’étaient pour infraction à la loi sur la drogue, 5 sur ordre de détention provisoire, 2 pour port d’arme blanche et une pour infraction à la Loi de Contrôle des Armes, sur qui l’on a trouvé 80 cartouches de calibre 45. Toutes ces personnes ont été amenées aux tribunaux correspondants.

Émeutes la nuit du 10

À Santiago :
Malgré la prévention de la police, durant la nuit du 10 il y a eu des affrontements à différents endroits du pays.

Dans la commune de San Bernardo, après 22:00h, des personnes avec des encapuchonnés ont coupé la circulation et ont allumé des barricades sur trois carrefours. À l’arrivée des policiers ils ont lancé des pierres, des objets coupants et des cocktails Molotov, alors que de son côté la police a utilisé des gaz, des camions lanceurs d’eau et des fusils pour disperser les gens.
Les encapuchonnés ont aussi attaqué le 14° Commissariat de Carabiniers,  lançant tout type d’objets.

Dans la commune de La Florida, aux alentours de 00h50, des encapuchonnés ont mis le feu à des barricades devant le lycée Benjamín Vicuña Mackenna, interrompant le trafic et provoquant quelques troubles.
D’un autre côté, sur la commune de El Bosque, une trentaine d’encapuchonnés ont mis le feu à des barricades de pneus et de décombres devant le lycée  Juan Gómez Milla, interrompant la circulation sur la Gran Avenida. À l’arrivée de la police les jeunes se sont affrontés aux forces de l’ordre.

Dans les autres régions :

À Coquimbo, vers 21 heures une trentaine d’encapuchonnés ont interrompu le trafic devant le campus Andrés Bello face à l’université de la Serena. Ils ont cassé une caméra de sécurité, et mis le feu à des pneus et des panneaux de signalisation. Suite aux affrontements 5 carabiniers ont été blessés par des pierres.

À Viña del Mar, ver 02h00 une quinzaine d’encapuchonnés ont mis le feu en face du lycée  Guillermo Pérez Cotapos. À l’arrivée des carabiniers ils ont lancé des pierres.

À San Felipe, vers 00h30 une trentaine d’encapuchonnés ont mis le feu à des barricades dans la rue Dardignac et Duco, où un groupe est entré en forçant le rideau métallique dans l’entreprise de fruit “Cabrini Hermanos”, provocant des dégâts et sortant des conteneurs plastiques pour s’en servir comme barricades.

Après, à 02h30, un autre groupe d’encapuchonnés ont coupé avec des barricades la route 60 qui relie Los Andes à  San Felipe. À l’arrivée des carabiniers il y a eu des affrontements et un agent a été blessé par une pierre.

À Rancagua, vers 01h40 un groupe d’encapuchonnés a mis le feu à des pneus au carrefour entre l’avenue El Sol et Uruguay, pour ensuite essayer de rentrer dans un supermarché Santa Isabel. Il y a eu des affrontements avec la police.

Dans des régions comme Talca, Curico et Valdivia, après minuit des barricades ont été allumés et il y a eu des affrontements avec la police. À Curico trois véhicules qui étaient garés là ont brûlé, l’un d’eux avait été volé.

Suite aux émeutes et affrontements habituels du « 11 », 27  personnes ont été arrêtées au niveau national. La majorité des accusés sont arrêtés pour troubles, certains pour avoir abîmé des véhicules policiers et d’autres pour blessures sur des carabiniers.

• Le début du mardi 11 !

À Santiago :
Peu après 07h00, en pleine heure de pointe, une trentaine d’encapuchonnés ont mis le feu à des barricades sur l’avenue 11 septembre, devant le lycée Lastarria sur la commune de Providencia.

À l’arrivée des carabiniers les jeunes ont lancé des pierres sur les agents. La police a utilisé une grande quantité de gaz et un camion  lanceur d’eau pour disperser les encapuchonnés qui s’étaient replié vers le lycée.

Le maire fasciste de la commune de Providencia a ordonné l’expulsion du lycée, qui était occupé par des lycéens dans le cadre des mobilisations étudiantes. Suite à l’expulsion, 10 jeunes ont été détenus, pour ensuite être relâchés. Plus tard le lycée a de nouveau été occupé.

Dans le centre de Santiago des encapuchonnés ont mis le feu à des barricades sur l’avenue España devant le lycée Dario Salas, où des affrontements ont eut lieu à l’arrivée de la police. À la suite les carabiniers ont expulsé le lycée qui était occupé par plus de 70 lycéens.

À Concepción :
Au cours de la matinée des encapuchonnés ont mis le feu à des barricades sur l’accès nord du pont Juan Pablo II qui connecte Concepción à San Pedro de la Paz. À la suite de ça ils ont fui les lieux.

Plus tard un autre groupe a mis le feu à des barricades aux alentours de l’université Bío Bío (UBB) et de l’université technique Federico Santa María (UTFSM) de Hualpén.

Vers 13h30 à l’extérieur de l’UBB des encapuchonnés ont coupé l’avenue Collao, pour ensuite s’affronter aux forces spéciales avec des pierres et des cocktails molotovs.

De plus, à l’extérieur de l’ UTFSM des encapuchonnés ont coupé l’avenue Las Golondrinas de Hualpén avec des pneus en feu, et des affrontements avec les forces spéciales ont eut lieu.

Un engin incendiaire a été trouvé à l’intérieur de la cathédrale Metropolitana de Santiago

Dans l’après-midi du 11 le Gope (Groupe d’Opérations Policières Spéciales) est intervenu dans la cathédrale Metropolitana située sur la Place d’Armes en plein centre de Santiago.

L’alerte a été donné par un fonctionnaire de la cathédrale, qui avait trouvé un sac suspect à l’intérieur du troisième confessionnal.

La police a dû évacuer les lieux et établir un périmètre de sécurité. Finalement le Gope a confirmé qu’il s’agissait d’un engin incendiaire, lequel a ensuite été désamorcé et enlevé de l’endroit dans un réceptacle résistant aux explosions.

L’engin était composé d’un bidon de 5 litres de combustible et de chlorate de potassium avec un système d’activation électrique composé d’un minuteur connecté à une batterie et d’une ampoule sans protection avec les fils à l’air en contact avec la substance inflammable.

Il semble qu’aucun tract ou quelconque revendication n’aient été trouvés sur place.

FEU À LA PRESSE

• Nuit du 11

Comme cela arrive toujours à cette date, la majorité des gens cherchent à arriver tôt à la maison vu que les bus de transports publics arrêtent de circuler dès qu’il commence à faire nuit, et en même temps que la nuit arrive les rues et avenues commencent à s’illuminer avec d’innombrables barricades. C’est pour ça qu’un bilan des évènements sera toujours incomplet vu l’énorme quantité de foyers de conflits qui ont lieu dans la ville.

D’autre part s’il y a beaucoup de gens qui sortent dans la rue, la majorité le fait uniquement pour  regarder les affrontements et trainer autour des barricades, vu qu’il y a des endroits où il n’y a pas tant d’affrontements que ça et malgré tout les barricades sont allumées.

De plus parmi ceux qui participent aux émeutes on trouve une diversité de motivations, presque aussi grande que la quantité de barricades.

Durant la nuit du 11 septembre beaucoup de communes de Santiago se trouvent sans électricité à cause d’attaques sur les transformateurs électriques ( cadenazos, une méthode de sabotage de transformateurs en utilisant des chaînes). La même chose se produit dans d’innombrables localités et régions.

Les premières barricades ont été rapporté aux alentours de 20h00 dans le centre de Santiago et suite à une manifestation jusqu’au stade Victor Jara ( ex-stade Chile, qui durant la dictature était un centre de détention) l’Alameda ( principale artère du centre ville) a été coupée par des barricades, lieu où il y a eu des affrontements avec la police.

Sur la commune de Estación Central, spécifiquement à Villa Francia, des barricades ont été allumées sur l’avenue du 5 de Abril et ses alentours. Dans le secteur ont eu lieu de violents affrontements avec la police où des encapuchonnés ont utilisé des pierres, des cocktails molotov et une grande quantité d’armes à feu contre les agents et leurs voitures, et un carabinier a été blessé pas balle. La presse a aussi été la cible d’attaques, un journaliste de Chilevisión a même été touché à la jambe par des plombs.

Dans la localité de Los Nogales à Estación Central un jeune de 16 ans a été blessé par balle et emmené à l’hôpital dans un état grave. Selon les déclarations de sa famille, il s’est fait tirer dessus par d’autres jeunes du secteur avec qui il avait des problèmes.

Dans la localité de La Pincoya, sur la commune de Huechuraba, de nombreuses barricades ont été allumées vers l’avenue Recoleta et les alentours, où des encapuchonnés se sont affrontés à la police avec une grande quantité d’armes à feu, en plus de cocktails molotov. Aussi 3 voitures de luxe qui avaient été volées dans d’autres secteurs de Santiago ont été brûlées.
Sur cette commune un carabinier a reçu une bouteille de peinture dans la figure, provocant de sérieux dommage à son œil. En plus de cela le 54° Commissariat de Carabiniers a été attaqué par balle par des encapuchonnés.

Sur la commune de Peñalolen, dans le secteur de Lo Hermida, de violents affrontements ont eu lieu avec la police et de nombreuses barricades ont été montées.

Dans la localité de La Victoria, commune de Pedro Aguirre Cerda, les affrontements et les barricades étaient continus. À cet endroit aussi un carabinier a été blessé par balle à la jambe.

Dans la localité de la Pintana de nombreuses barricades ont été allumées. C’est sur l’une d’entre elles, vers l’avenue Bahía Catalina, qu’un bus de la route E du Transantiago a été complètement brûlé, après avoir fait descendre le chauffeur et utilisé le véhicule pour renforcer une barricade. Le 13° commissariat de carabiniers a aussi fait l’objet de jets de pierres.

Au cours de la nuit de nombreux secteurs ont fait état d’attaques et de mise à sac de commerce. Les supermarchés ont été ceux qui ont eu le plus de perte. À Conchalí une station-service Copec a été attaquée, les pompes à essence détruites ainsi que d’autres objets. Une boucherie “Res” a aussi été détruite , sur l’avenue Santa Raquel dans la commune de La Florida.

Selon le système de transport, quelque 415 bus du Transantiago ont souffert de dommages, parmi lesquels 5 ont été brûlés.

Dans beaucoup de région de violentes émeutes ont eu lieu. Comme à Concepción où se sont tenus durant la nuit de nombreux foyers d’affrontements avec un usage fréquent du cocktail Molotov, le plus violent se déroulant sur le secteur de Aguita de la Perdiz, qui s’est terminé par une attaque sur une pharmacie et les dépendances de l’Université de Concepción.

À Valparaíso les barricades et affrontements se sont fait présents aussi, depuis la zone du centre sur l’avenue Argentina, comme à l’entrée de la ville de Agua Santa où des encapuchonnés ont allumé des barricades et ont lancé des cocktails molotov sur la police, et ont attaqué en même temps le siège de la chaîne UCV Televisión.

À Puerto Montt passées les 20h quelque 25 encapuchés ont mis le feu à des pneus sur l’autoroute de la route internationale Pto.Montt-Pargua. La route a été coupée durant des heures et un véhicule policier s’est pris des pierres. Sur le lieu des tracts ont été laissés en mémoire de la compagne Claudia López.

Au niveau national on enregistre 255 détentions durant la nuit du 11 septembre. Tous libérés le lendemain matin, même si certains sous mesures restrictives.
La journée s’est fini avec 26 carabiniers blessés, dont 5 gravement.

Un flic tué par balle lors des affrontements
“Ils vont voir … Toutes les balles seront rendues !”

Sans aucun doute le fait qui a marqué la  journée de violence a été l’exécution du second brigadier Cristián Martínez, âgé de 30 ans, policier à moto du 49° commissariat de Quilicura, secteur nord de Santiago.

Passé minuit le policier se trouvait face à un peloton de carabiniers qui essayaient d’empêcher les désordres et les barricades qui se  déroulaient sur une place dans la localité de Parinacota, dans la commune de Quilicura. Près de la place se trouvait aussi un supermarché qui était menacé de mise à sac. Cela a été le moment où le peloton d’agents aurait essuyé des jets de pierre et de balles depuis divers points, et qu’une balle s’est introduite dans l’espace qui existe entre le gilet par-balle et l’aisselle, arrivant au thorax. Ses camarades ont en vain essayé de le transporter dans un hôpital proche, et ce fut au milieu de jérémiades et désespoir qu’un nouveau martyr a vu jour, le numéro 1039 de la néfaste institution de Carabiniers, qui meure en défendant  la paix sociale.

Le procureur qui est chargé de l’enquête a essayé de se rendre immédiatement sur le lieu des faits, mais une masse de personne a attaqué les voitures de flics où il était, ce qui l’a obligé à changer de véhicule et à rentrer dans la localité dans une voiture de carabinier blindé. Des agents du Gope se sont déployé dans le secteur où le flic est tombé pour veiller sur le travail d’enquête, dans un environnement où l’on pouvait encore entendre des tirs.

Vers 05h00 du matin, une fois le secteur de Parinacota assiégé par les carabiniers, les premières perquisitions ont commencé. La police base son enquête sur une vidéo, enregistré par une caméra de surveillance, où des jeunes tiennent en main le casque et le bouclier du carabinier, matériels qui après le coup sur le flic seraient restés dans le secteur.

Durant le mercredi un jeune de 16 ans a été arrêté, accusé d’avoir tiré sur le bâtard, ce devant quoi il a nié sa responsabilité, plaidant qu’on l’accuse parce qu’on ne sait pas qui a réellement tiré, vu le nombre d’armes qui circulent dans le secteur. Le jeune restera détenu jusqu’au jeudi 13, date de sa première audition.

source et photosplus de photos de Concepción
le 9 septembre à Santiago

Mise à jour par les compagnons de Liberación Total – 2 octobre 2012 :

Le jeune de 16 ans se trouve enfermé au Centre Fermé de San Joaquín (prison pour mineurs) du Service National de Mineurs. En attente d’un jugement après 80 jours d’investigation. Ce jeune dont les initiales sont B.H. et surnommé “Rata” avait des antécédents pour vol et port d’arme.

Au moment de sa détention il dit qu’il y a beaucoup de flingues dans le secteur et que n’importe quelle balle aurait pu tuer le flic, que c’est un voleur et qu’il déteste les trafiquants. Il fait ce dernier commentaire car la presse avait fait courir le bruit que des hommes de main des trafiquants avaient tué le flic.

Pour se contextualiser par rapport à la date et à l’endroit :

De nombreux secteurs et quartiers périphériques de la ville de Santiago vivent dans une grande pauvreté et le trafic de drogue prospère. Beaucoup de jeunes commencent depuis tout petit à voler et à faire leur vie dans la rue, en faisant des vas-et-vient dans les centres pour mineurs.

Chaque « 11 » (septembre) tout type de personnes sortent dans les rues (sauf les bourgeois), comme les trafiquants de drogue pour essayer leurs armes, des jeunes délinquants qui détestent les flics et veulent s’entrainer un peu en leur tirant dessus, etc.

Ça dépend aussi des quartiers, certains sont très politisés comme d’autres qui ne le sont pas, où l’on met le feu à des barricades ( pour pouvoir brûler ses poubelles et d’autres trucs qui gênent dans la rue) et où il n’y a même pas d’affrontements avec les flics.

Il y a peu de chance que le jeune ait quelque chose à voir avec la mort du policier. Ils le lient à l’affaire parce qu’il apparaît sur une vidéo avec le casque et le bouclier, objets qui étaient restés sur place lorsque le policier a été emmené à l’hôpital par ses collègues.

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